Pour une bonne start-up, il faut une bonne idée pas un diplôme de grande école

Et si l'écosystème numérique français manquait aussi d'entrepreneurs originaux, venus d'autres univers que des grandes écoles. Il y a quand même une sorte de paradoxe français à entendre à longueur de journée les promoteurs de la pensée "out of the box" être le plus souvent issus des sempiternelles mêmes établissements. Et si la première barrière à l'entrée à faire tomber était d'ouvrir la création de start-up à des profils qu'on dit à tort "atypiques". Les co-fondateurs de Clay, Jean-Baptiste Guignard et Thomas Amielien, musicien et chef d'orchestre, défendent dans la tribune que nous publions ci-dessous, leur singularité. Sans agressivité ni rancoeur. Un exemple à suivre ?

L’IDÉE COMME CASE DÉPART, ET NON L’ÉCOLE DE COMMERCE

L’école de commerce serait l’inévitable genèse. C’est une idée reçue tenace : l’avenir et le succès d’un chef d’entreprise ne se jouent pas sur les bancs de l’école ; d’abord, la vocation peut venir plus tard, mais surtout "l’idée" et la vision qui en découle restent les pièces essentielles et structurantes d’un projet de développement d’entreprise.

 

Dans notre cas, l’objectif premier n’était pas de créer une start-up pour occuper une position sur un marché donné, mais de répondre à un besoin que nous avions en commun : jouer et interpréter notre musique en live sans musicien, ce qui revenait en substance à "rendre le numérique malléable". La technologie de commande gestuelle (Clay) que nous avons développée pour ce besoin spécifique est alors devenue la pierre angulaire de notre projet de start-up Hins.

 

C’est une fois que nous avons constaté la puissance de l’innovation – sa précision, mais aussi son universalité – que nous avons décidé de la partager largement à travers une application mobile (Clay Music), ensuite déclinée à l’ensemble des domaines qui s’y prêtent naturellement : la domotique, la 3D, la rééducation cognitive, la pédagogie, la chirurgie, la gestion des commandes embarquées (automobile), etc.

 

LA START-UP COMME UN ACCORD 

Puisque nous faisions aussi bien – et dans certains cas mieux – que des systèmes de captation de mouvements coûteux nécessitant du hardware, pourquoi s’arrêter à la musique ? Nous voulions – et cela reste notre objectif principal – démocratiser la commande gestuelle en permettant à chacun de contrôler son environnement simplement, depuis son smartphone, et sans achat de matériel.

 

L’histoire d’Hins n'a donc rien de comparable aux chemins plus standard, parfois même standardisés, et si nous devions représenter notre start-up comme un accord, l’idée ou la vision en serait l’absolue fondamentale, sa réalisation (logicielle en l’occurrence) la tierce, et sa commercialisation la quinte (juste), dont on sait qu’elle dépasse naturellement les frontières linguistiques.

 

Norbert Alter, sociologue contemporain, argue que les dirigeants dits "atypiques" savent magnifier leurs différences et les transforment en autant d’atouts de différenciation (discours, visions, solutions, etc.). Dans le milieu entrepreneurial, leurs différences et leurs pensées out of the box sont, selon lui, à l’origine d’une prise de recul critique singulière et d’un type de management particulièrement innovant.

 

Selon le même sociologue, ces entrepreneurs sont également prêts à prendre plus de risques calculés que les autres (proportion des fonds propres par exemple) et ils sont plus impliqués au quotidien (management de proximité). Cela serait accentué par le fait qu’ils doivent "se battre davantage pour être légitimes" et échapper aux stéréotypes qui cloisonnent les parcours et leurs finalités. Or, ces filières attendues formatent plus qu’elles ne permettent la créativité, et nous avons fait l’expérience inverse : dans un milieu très homogène, parfois lissé, l’originalité et la différenciation sont des forces majeures. On sait qui vous êtes, on se souvient de vous, on adhère plus aisément à un propos "non formaté". Dans un contexte d’innovation "de rupture", vous incarnez la nouveauté